La maison aux murs gris - Le site officiel de Jonah

Une chose est sûre : tous les jours de notre vie, à un moment ou à un autre, on aura faim. Alors plutôt que de se précipiter vers le congélateur, autant tirer profit de ce fait. Ceci n’est pas un cours mais plutôt une sensibilisation. Écoute un peu, jeune enfant, ce que j’ai à te dire.

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Comment réussir de la semoule.
C’est bien simple, il suffit de lire la recette sur le paquet. Mais en dehors de ces indications, il existe une approche beaucoup plus complexe de la semoule.
Tout d’abord, intéressons-nous à l’aspect lexical de ce plat. C’est un nom qui s’emploie en général au singulier, mais qui, par sa nature, comporte une infinité de particules. Il y a là un paradoxe puissant. Car pour réussir de la semoule, il faut savoir se concentrer sur l’unité tout en ayant une perception aiguë de la multitude.
Procédons étape par étape.
Versez la semoule dans un plat. Attardez-vous sur le son des grains qui tombent. Ils sont secs. Indépendants les uns des autres. Le bruit de leur écoulement est presque musical. Comme des maracas ou un bâton de pluie. Ce premier contact est essentiel. Ajoutez un filet d’huile d’olive et mélangez avec une fourchette. Le poids de la fourchette est primordial. Elle doit être légère pour privilégier la perception vers la main des grains glissant les uns contre les autres. Cette phase est orgiaque.
Après cette étape, on peut attendre un peu. Ce n’est pas obligé mais on peut le faire. Les grains sont ensemble. Leur promiscuité est exacerbée par l’huile qui les lie. Attendre revient à leur faire profiter de ce nouvel état. Et à supposer leur euphorie.
Il faut ensuite verser lentement de l’eau bouillante et immerger les grains en faisant dépasser l’eau de 0,5 cm. Cette étape est celle de la souffrance. Les grains se dilatent jusqu’à former une masse compacte. On revient dans le principe d’unité. Il faut alors laisser reposer 5 minutes en couvrant. Les grains cuisent, mais ils doivent aussi récupérer du traumatisme thermique qu’ils viennent de subir. Puis, à l’aide de la fourchette légère, égrenez la semoule au-dessus d’une casserole. Elle doit tomber en pluie. Les grains retrouvent leur indépendance. Et c’est magnifique. Dans la casserole, ils ont une substance légèrement pâteuse, comme s’ils venaient d’émerger d’une torpeur engourdissante. Ils forment une petite pyramide, à la géométrie parfaite. Ils attendent la dernière étape.
Salez, avec parcimonie, pas de précipitation, attendez la fin…. Puis ajoutez une noisette de beurre. Ensuite, au-dessus d’un feu très doux, mélangez la semoule. Prenez conscience de sa multitude. De sa perfection. De la nature unique de chaque grain. Le monde est une semoule et nous avons tous droit à la même considération. Les grains vont sécher. S’organiser les uns par rapport aux autres. La musicalité va se faire plus subtile. Comme un feutrement délicat. La surface de la semoule évolue au grès des mouvements de votre poignet. Ménagez la température de cette étape. Il n’y a plus aucune urgence. Laissez-vous bercer par l’infini côtoyant l’unité. Votre semoule est maintenant prête. Une larme coule sur votre joue. Elle tombe dans la casserole. Votre plat est maintenant parfaitement salé.
Iconeriad Riad

2 commentaires

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thomas1
le 10/04/2014 à 09:36
j ai faim
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Primrose
le 25/04/2014 à 21:03
>< Tellement poétique ... Mais nous pouvons aussi les mettre à bouillir dans une casserole et servir cela de manière à obtenir une substance bien ... pâteuse. Bon appétit XD